Adrian Maniu – Illuion d’automne

Je suis la ligne des arbres sur le ciel,
Je berce mon regard dans les feuillages mouillés…
Voici l’automne au crépuscule cerné,
Et l’horizon des forêts du ciel.

J’écoute: Tous les bruits , devenus rares,
Comme le vert sur les tiges…
Mais des corneilles rauques sont arrivées,
Leur vol dessinant une couronne d’épines.

Sur le bleu plus tendre que jamais,
Le noir envol renoue ses cercles à la brune,
En infini balancement montant,
Vers le lever de fin de lune.
Le blanc éclat des neiges futures,
Rêve de vapeurs sur le limon,
Haute et triste, la Lune qui meurt
Veille au bout du monde.

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Adrian Maniu – Dernier cadeau

Je t’offre une branche aux feuilles rougies,
Aux feuilles en coeur pointu crénelées.
Secoue-là bien sur les chemins perdus,
En souvenir des doux instants passés.

Ensuite, rêves les yeux ouverts ,
En cet automne qui sent la cire,
A la pensée qui l’amour fait revivre,
Tandis que les amoureux se tuent.

De cette branche aux coeurs rougis
L’automne répand l’effeuillement
A l’heure des chansons sans paroles,
Lorsque l’amour brisé reprend son infini.

Les pluies imiteront désormais la tristesse
Et les oiseaux transpercent l’horizon,
Parcourant des ciels noirs pour ainsi,
Y rattraper leur éloignement.

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Adrian Maniu – Ciel bleu d’hiver

Le renard rouillé
Sur un lit tout blanc,
De butte éclairée
Que tamise le vent,
Son pas léger a inscrit,
Fleur d’abricotier.

Des envols de merles
Dans la neige neuve
Sautillaient en perles
Deux par deux comme preuve
Malgré l’évidence
Du verger en transe…

Guère plus ne murmure
La source pétrifiée,
En longs glaçons purs
De banquise figée,
Pour ne voir pleurant
Une perle de sang.

D’étoiles chargés,
Scintillante lumière,
Les sapins altiers,
Cachent la tanière,
Sous le pont de cristal
Et de perles blanches.
-.-

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Adrian Maniu – Chant des amours mortes

Nous pensions être d’accord éternellement,
écartant les paroles que d’autres ont menties,
échangeant dans un baiser nos âmes agglutinées,
la souffrance-même complétant une sainte joie.

Destinées à nous unir depuis une autre existence,
Un sentiment tout naturel nous avait rapprochés,
en moi ton sourire devait s’épanouir,
crépuscule je m’inclinais devant la blancheur de l’aube.

Les mains jusqu’au coeur ont caressé.
Et mon regard dans le tien reflétait tant d’amour.
Tu étais mon silence et je vivais ton frisson,
ton front oint d’une pensée pure.

Voici longtemps que ton amour est mort, tandis qu’en moi il croit…
Sa tombe creusent l’éloignement et le silence.
Mais je bénis encore la noire douleur.
Je ne te suis rien, en moi tu vis encore.

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Adrian Maniu – Chant de nuit pres de la mer

Toutes les cloches sonnent au fond de la mer,
Et clignent au loin, toutes les lumières,
L’obscurité en blanc agite, des flots amers.

Détaché, l’amour sent le cœur tout proche,
La pensée fleurie berce la tendresse, paupières closes,
Chantent par dessus les mots, l’esprit et les flots.

Mais vieille, l’éternité contourne tardivement…
L’infini s’étoile d’argent,
Seul l’instant qui court, demeure un rêve vivant.

L’encouragement de l’être, qui quitte le fini,
Brisant le retour, pour aller plus loin,
Grandit la douceur de ce temps de mort.

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Adrian Maniu – Chanson de deuil

Pauvre âme où flânes-tu encore?
Y a-t-il un autre monde dans les fleurs et étoiles?
Ou bien dans quelqu’éternité – sans pensée – tu seras?
Y a-t-il une autre vie, sans mort?
Ou bien la nôtre étant aussi un rêve fou,
N’y a-t-il rien d’autre ensuite!…

Quand la beauté devient terre,
Tu ne demeures qu’un souvenir,
Mais le souvenir se perd en paroles…

Ton chant, je voulais le chanter,
De tout ce qui en moi est sacré,
Mais en moi-même, voici longtemps, je ne suis plus…

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Adrian Maniu

sursa foto: agonia.net

Né en 1891 et mort en 1968, Adrian Maniu fut poète et auteur dramatique. Il publia en 1912 son premier volume de vers intitulé « Figures de cire », suivi en 1915 du poème « Salomé ». Ensuite, pendant un temps il s’occupe surtout de théâtre. En 1928; il publiera le volume de vers « Près de la terre », puis en 1930 « Le Chemin des étoiles ».. Si ses premiers volumes témoignent d’un esprit iconoclaste, les derniers marquent un rapprochement des valeurs classiques, traditionnelles, dans un style byzantin. Beaucoup de poèmes nous montrent un esprit blasé, revenu de tout, qui regarde ses contemporains d’un air supérieur.

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L’entre-deux-guerres

La deuxième période faste de la culture roumaine se situe à l’époque de l’entre-deux-guerres, après le ralliement à la Roumanie de la troisième grande province roumaine historique. L’union fait la force dit-on. Elle donna surtout à la culture roumaine un éclat exceptionnel.

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Theodor Neculutà – Vers les rives de la justice

Ne pleure guère ! Courage, du caractère,
Affronte avec élan les flots chargés d’écume,
Ne crains pas la tempête noire, n’aie crainte,
Combien de vagues que l’océan ne dresse
Sur ton chemin, oh, monde !

Que mugisse l’ouragan de sa colère rentrée
Que gémisse l’océan comme l’enfer des vieux contes. –
Livre-toi à l’espoir et puis lutte
Et chante dans la nuit, que crève les éclairs,
Cherchant ton port.

Colomb, lui, mu par l’espoir sût atteindre la terre
Que ses pensées cherchaient au loin.
Comme lui, oh , monde, que ton élan te pousse,
Plus haut, plus avant, que tes paroles soient
Tes rêves et tes pensées.
Si les tyrans, oh, monde, toi, mon maître,
Voudront barrer ton chemin à jamais vers le bien,
D’abord prie-les ! Mais si… de tes prières douces
Ils se moquent… En te privant d’une main avare
De ses trésors,

Insurge tes enfants audacieux, comme les titans !
Comme le fauve transpercé par la lame.
Que les bourreaux en hurlent et maudissent leur vie
De pillages et paresse, que les tyrans voient venir
Dans les larmes leur fin.

Que l’horreur de la mort, leur fasse creuser leur tombe,
Pour se cacher dedans, eux, ce troupeau avide.
Que dans le sang la révolte trempe leur horde,
Et que la terre de cris et de pleurs retentisse
Comme au jugement dernier.

Marchant sur les blasons et sceptres, sur les trônes brisés,
Avance orgueilleux et marche fièrement
Vers une rive que le sang et les pleurs n’ont trempée,
Vers un rivage où la divine justice
Depuis des siècles attend.

Tes larmes donc essuie… et bien courageusement,
Par la nuit de l’enfer, par les flots écumant,
Avance avec élan !… N’aie crainte, ni n’hésite
Devant les hautes vagues et rochers qui se dressent
Sur ton chemin, oh, monde

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Theodor Neculutà – La cousette

Emu aux larmes, en silence,
Je la regarde coudre à sa machine.
Sur son visage, la mort mêle ses ombres
Aux lueurs de la vie qui s’en vont.

La phtisie lui donne des élancements,
Elle n’arrive plus à maîtriser ses pleurs !
Ni ciel, ni monde, nul secours
Ne lui proposent pour la sauver !

Ah, qui donc du néant paisible
Sortit cet être qui ne vivait pas
Pour le lancer sur une mer furieuse ?

De quel droit et quels gens dépourvus de jugement
Ont, en buvant la coupe de volupté,
Donné vie à une vie toute de souffrance ?…

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